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À la veille des élections municipales en France, nous avons voulu nous pencher sur la sémantique des noms de listes. Parce qu’en tant qu’agence de communication spécialisée secteur public, cette question du naming fait totalement sens avec les préoccupations de nos clients et avec notre veille quotidienne. Et, aussi parce que nous avons noté que depuis 10 ans, le langage politique français s’était profondément transformé. Alors décryptage.
Du disruptif au consensuel
Aujourd’hui, en lisant la presse, en écoutant la radio, en scrollant sur les réseaux sociaux ou en regardant les affiches sur les panneaux électoraux, nous nous apercevons que les noms de listes ne sont plus seulement (et même de moins en moins) des noms avec des étiquettes partisanes. Ils sont devenus plutôt des dispositifs de récit : des mots capables de structurer un imaginaire politique et d’agréger des électorats hétérogènes.
En 2017, certaines formations politiques ont rompu avec la tradition des noms idéologiques. “En Marche !” misait sur la dynamique et le mouvement. “Ensemble !” ou “Horizons” privilégiaient la fédération et la projection. Ces mots fonctionnent comme ce que le politiste Ernesto Laclau appelait des « signifiants vides » : c’est-à-dire des termes volontairement abstraits, dans lesquels chacun peut projeter sa propre interprétation, sans référence à une couleur politique.
Dans le cadre des élections municipales 2026, cette logique est encore plus vraie et s’est largement diffusée. On voit apparaître, partout en France, de nombreuses listes locales autour des mots suivants :
- Ensemble” : 13 746 listes contiennent ce mot. Exemples “Décidons ensemble pour Cholet” ; “Bien ensemble” (Créteil) ; “Ensemble retrouvons Villejuif”
- “Agir” : 3112 listes contiennent ce mot. Exemple “Agir pour les Saint-Chamonais”
- “Demain” : 2 463 listes contiennent ce mot. Exemple “Lille demain”
- “Pour” : 8 153 listes utilisent ce mot associé au nom de ville. Exemples “Marseille pour tous” ; “Tous pour Nice”
- “Cap” : 546 listes distinctes contiennent ce mot. Exemples “Auray Cap 2026” ou “Nouveau cap pour Rezé” Deux tendances se dégagent. D’abord les marques partisanes s’effacent. Ensuite, la marque territoriale devient centrale.

Saturation sémantique et enjeu pour 2027
Cette généralisation et cette omniprésence des mêmes mots dans les médias produisent une saturation sémantique et donc une faible différenciation pour les publics cibles. Un phénomène déjà observé par Roland Barthes dans Mythologies : à force d’être utilisés, certains signes perdent leur capacité distinctive. Il en résulte une homogénéité et une possible perte de repères politiques. Pour la présidentielle 2027, trois stratégies de naming semblent dès lors possibles :
- La continuité abstraite : trouver un terme fédérateur et consensuel. Mais donc avec un risque de dilution.
- L’utilisation d’un terme performatif, autrement dit trouver un nom autour de l’action ou de la rupture.
- L’incarnation totale où le nom s’efface et c’est le candidat qui devient la marque. C’est ce que l’on voit lors de ces municipales sur Paris. Exemples : “Paris apaise avec Pierre Yves Bournazel” ; « Paris est à vous avec Emmanuel Grégoire ; “Sarah Knafo pour Paris, une ville heureuse” ; “Changer Paris avec Rachida Dati”.
Ce que cela nous dit de la communication politique
Les municipales 2026 montrent à quel point la politique française emprunte désormais aux codes du branding corporate que nous utilisons dans nos recherches de noms pour les projets, plateformes digitales, événements de nos clients. On vous recommande toujours pour mémoire :
- des mots simples et mémorisables, idéalement en deux syllabes.
- des noms compatibles réseaux sociaux.
- des noms différenciants.
- des noms évocateurs de votre projet.
- des noms adaptables et déclinables.
Mais, à l’échelle présidentielle comme dans les stratégies d’attractivité, le consensus lexical ne suffit pas. Un récit structurant et une incarnation forte sont nécessaires. Nous observerons cela avec attention.
L’open access des données électorales : une nouvelle donne
Un autre phénomène pointe son nez avec ces municipales : l’ouverture et la valorisation des données électorales. Aujourd’hui, on peut en effet exploiter à partir de données ouvertes et avec l’analyseur Andre (une application indépendante basée sur cette data, c’est ce que nous avons fait, vous vous en doutez !) des tas d’informations : identifier des typologies électorales, analyser les résultats électoraux, des dynamiques locales ou encore des taux de participation. Cela signifie que du côté du naming politique, de la différenciation et du récit, ces données vont aussi compter dans les mois à venir et peuvent encore rebattre les cartes.
Références et sources
- BARTHES, Roland. Mythologies. Paris : Éditions du Seuil, 1957
- LACLAU, Ernesto. La raison populiste. Paris : Éditions du Seuil, 2008
- BALIBAR, Étienne et LACLAU, Ernesto. Entretien avec et entre Étienne Balibar et Ernesto Laclau. Rue Descartes, 2010, vol. 1, n° 67, p. 78-87. Disponible sur : https://shs.cairn.info/revue-rue-descartes-2010-1-page-78?lang=fr
- LE MONDE (Les Décodeurs). Municipales 2026 : découvrez les listes de candidats dans votre commune grâce à notre moteur de recherche. Le Monde [en ligne]. 8 mars 2026. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/03/08/municipales-2026-decouvrez-les-listes-de-candidats-dans-votre-commune-grace-a-notre-moteur-de-recherche_6669275_4355771.html
- Appli : https://andre.vote/



