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La consommation des médias chez les jeunes en 2024 : toujours plus hybride

Face une consommation de l’information plus mobile, sociale et vidéo de la part des jeunes générations, les médias traditionnels sont eux-même amenés à s’adapter. Découvrez notre analyse sur l’évolution du rapport des jeunes à l’information.

C’est un sujet récurrent, voire un peu tarte à la crème. Et en même temps, il est structurant, tant il promet de redessiner le paysage médiatique (les jeunes d’aujourd’hui sont les moins jeunes de demain !). À l’occasion d’un nouveau passage d’année, on a voulu faire le point sur la manière dont les jeunes accèdent et consomment l’information.

Tout d’abord, de qui parle-t-on ? Que définit-on comme « un jeune » ? Les uns parlent de « génération Z », pour qualifier celles et ceux qui sont nés entre 1997 et 2010. Pour d’autres, il est même pertinent d’analyser les choses au prisme des « digital native », ces individus nés à l’ère du numérique, notion qui englobe encore plus large en incluant la population née entre 1980 et 2000.

Les usages concernant la façon d’accéder à l’information ont, bien évidemment évolué dans l’ensemble des tranches d’âge ces dernières années. Mais la différence est particulièrement marquée dans la génération Z. Un usage que l’on pourrait résumer en un chiffre, issu de  l’édition 2023 de l’étude médiamétrie « Les français et internet» (pour laquelle nous avions déjà réalisé une synthèse) : les moins de 25 ans passent près de 3h par jour en moyenne sur les réseaux sociaux.

Un intérêt pour l’actualité intact

Contrairement à certaines idées reçues persistantes, la génération Z ne s’intéresse pas moins à l’actualité que les autres générations. En revanche, elle s’informe différemment : moins de télé ou de journal papier, et plus de smartphone, consulté en continu à toute heure de la journée.

Les réseaux sociaux représentent ainsi les premiers outils mobilisés sur les smartphones. 54 % des moins de 25 ans dit s’informer chaque jour via les réseaux sociaux (vs 17% chez les plus de 65 ans).

Un chiffre qui, nous le pensons, est encore un peu en deçà de la réalité. En effet, les sondés considèrent-ils encore Youtube ou TikTok comme des « réseaux sociaux » (ou même des « réseaux socionumériques » comme leur était formulée la proposition dans l’étude médiamétrie) ?

Format vidéo, podcasts et pure players

Instagram, youtube, twitch, snapchat et tiktok se disputent aujourd’hui le titre de réseau préféré des jeunes générations. Cinq réseaux qui ont pour point commun de s’appuyer grandement sur la vidéo, voire même sur la vidéo au format vertical. En d’autres termes, si les jeunes s’informent via les réseaux sociaux, c’est également le format vidéo qui est plébiscité. Les plateformes ont ainsi vu prospérer de nouveaux médias pure players, à l’instar de Brut ou de Loopsider. Du côté des chiffres, Konbini explique par exemple avoir produit en 2022 plus de 7 500 vidéos qui ont obtenu un total de 3 milliards de vues. 

« Cette tranche d’âge s’appuie sur une multitude de canaux. Ils sont par exemple les plus gros consommateurs quotidiens de podcasts (22 % contre 16 %) ou de pure players comme Mediapart ou Slate », ajoute Guillaume Caline, directeur enjeux publics et opinion chez Kantar Public France et auteur de l’étude « Baromètre des médias : des rapports à l’info différents selon les âges », publiée dans l’édition du 22 décembre 2023 du Journal La Croix.

Hugodecrypte à l’ère des influenceurs

Ce Baromètre des médias nous apprend aussi que les 18‑34 ans sont 24 % à s’informer via des influenceurs, contre 6 % des plus de 35 ans.

Parmi ces derniers, si l’on retrouve bien entendu quelques influenceurs beauté ou lifestyle qui se permettent des incartades de temps à autres du côté de l’actualité ou du traitement des politiques publiques (à l’instar de Mc Fly et Carlito autour des gestes barrière), d’autres influenceurs ont fait de l’actualité leur fond de commerce.

Parmi eux, Hugo Decrypte est devenu une référence pour les 18-34 ans en quête d’informations. Créé par Hugo Travers en 2015, son format “les actus du jour” sur Instagram comptabilise plus de 100 295 likes en moyenne par publication. Son credo : vulgariser et résumer l’actualité nationale et internationale en moins de 10 minutes. Avec ses 3,9 millions d’abonnés sur Instagram, 5,5 millions sur TikTok, 2 millions sur Youtube, et 300 000 sur Twitch, il est devenu un véritable marque média pluri-canal.  À cet égard, il est également intéressant de battre en brèche un autre mythe, concernant le côté prétendument « zappeur » de cette génération, qui condamnerait les contenus longs. Outre le format déjà honorable de 10 minutes des « actualités du jour », la chaîne youtube d’HugoDécrypte propose également des grands formats qui peuvent atteindre plus d’une heure. Les récentes modification du côté de TikTok, qui permet désormais l’ajout de vidéos jusqu’à 15 minutes, confirme une fois encore que le format long n’est pas mort, pourvu que son montage soit approprié aux codes des plateformes.

Des médias sommés de revoir leurs codes et modes de diffusion

Face à ces nouvelles façons de consommer l’actualité, les médias « traditionnels » sont amenés à adapter leurs contenus et à diversifier leurs propositions, si elles veulent atteindre cette cible.  Le 28 octobre, HugoDécrypte était sur France 2 pour une adaptation sur petit écran de son format «Interview face cachée », habituellement réservé à YouTube. Son échange avec Thomas Pesquet a réuni 1,85 million de téléspectateurs (et 12 000 spectateurs sur la plateforme France.tv).

De son côté, Médiapart fait appel depuis 2016 à son propre influenceur, Usul, pour des chroniques vidéo sur l’actualité qui cumulent chacune plusieurs centaines de milliers de vues.

Les médias s’inspirent aussi des influenceurs en matière de stratégie de diffusion. Depuis des années, des médias comme Le Parisien ou L’Equipe poursuivent une vraie stratégie sur tiktok, snapchat ou instagram pour développer leur notoriété auprès des cibles jeunes. Plus récemment, elles ont investi « les Canaux » sur Whatsapp, pour proposer un lien plus direct à leur communauté.

France 24, qui se targuait déjà d’être le « premier média français sur Youtube » (6 millions d’abonnés) s’est aussi intéressé très vite à l’onglet « canaux » déployé en novembre sur Whatsapp. Le média comptabilise aujourd’hui plus 2,7 millions d’abonnés sur l’application de messagerie, qui trouve là une nouvelle manière de rayonner à l’international. C’est plus que la BBC (1,4 millions) mais moins que CNN (8 millions). Preuve ceci dit qu’il existe bien une place en ligne pour les « médias traditionnels ».

L’avenir de l’actualité se joue sur TikTok

Alors que l’on a beaucoup parlé, ces derniers mois, de l’opportunité de quitter ou non twitter, on en aurait presque oublié de constater la place que TikTok est en train de prendre dans la fabrique de l’information.

Selon le rapport Reuters 2023, 20 % des 18-24 ans viennent désormais sur la plateforme pour s’informer, une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Le réseau poursuit sa mutation et sa croissance, et s’impose dans un paysage médiatique de moins en moins textuel et de plus en plus vidéo comme une source d’information de premier plan. Au Royaume-Uni, la plateforme est ainsi devenue en 2023 la première source d’information des jeunes, devant Instagram et YouTube. Au point que les médias emboîtent là aussi le pas. Dimanche 7 janvier, tandis que nous finissions cet article, 5 extraits du journal télévisé de 20h sur France 2 s’appuyaient sur des images issues de TikTok.

Marabout, bout de ficelle, cellule de presse

Outre la puissance de son algorithme, l’une des raisons qui explique le succès des contenus d’information sur TikTok est certainement à rechercher du côté de la « newsfatigue » que décrivent désormais les études sur le rapport qu’entretiennent les jeunes à l’actualité. « À quoi bon continuer à s’informer sur la misère du monde, si cela me déprime et génère un profond sentiment d’impuissance ? », résumait il y a quelques semaines le média The Conversation, dans un dossier consacré au rapport des jeunes à l’information. Et selon l’étude Kantar/La Croix, 58% des 18-24 ans expriment un sentiment de lassitude face à l’information (vs 47% chez les 65 ans et plus).

Or c’est bien là la force de TikTok : permettre à l’utilisateur de passer d’un sujet grave à un sujet plus léger, en un swipe, façon « marabout, bout de ficelle, cellule de presse » ! La recette n’est pas nouvelle. Voici près de 10 ans que les équipes de Quotidien alternent le lol et l’analyse politique, voire les hybrident totalement.

C’est sans doute l’ultime enseignement que nous tirons de ce panorama des études et des médias sur le rapport des jeunes générations à l’information. Avec une actualité sombre, face à laquelle les individus se sentent impuissants, les jeunes générations ont trouvé une manière moins anxiogène de la consommer, en l’hybridant avec des contenus plus légers. Ce que propose depuis quelques semaines l’application du très sérieux journal Le Monde, avec son nouveau format « Découvrir » s’inscrit pleinement dans cette tendance.

Pour aller plus loin

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