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Dépenses de communication de l’État : ce que change la nouvelle (août 2026) circulaire Lecornu

Sebastien Lecornu

À l’automne 2025, le Gouvernement annonçait une réduction spectaculaire des dépenses de communication : 20 % pour les ministères et 40 % pour les opérateurs de l’État. Près d’un an plus tard, la circulaire du 25 août 2026 permet de mesurer ce qu’il reste de ces annonces et, surtout, la forme prise par la réforme.

L’objectif budgétaire demeure. Mais le changement le plus important est ailleurs : la réforme organise une centralisation des priorités, des budgets, des validations et, dans certains cas, des équipes de communication.

Ce qu’il faut retenir

Du rabot budgétaire à la centralisation

La circulaire du 25 août 2026 ne précise plus comment l’effort financier doit être réparti entre les ministères et les opérateurs. Elle confirme une trajectoire globale, mais ne fixe ni enveloppe individuelle ni méthode commune de calcul.

Cela ne signifie pas nécessairement que les objectifs annoncés en 2025 ont disparu. Le nouveau texte se place dans la continuité de l’instruction du 15 décembre 2025. Dans certains ministères, comme ceux chargés des affaires sociales, les instructions internes continuent d’ailleurs à appliquer les réductions de 20 % et de 40 %.

Mais le centre de gravité de la réforme s’est déplacé. L’enjeu n’est plus seulement de dépenser moins. Il est de décider plus centralement des sujets sur lesquels l’État peut investir.

Une communication grand public pilotée par le SIG

Le Service d’information du Gouvernement devra présenter chaque année un plan consolidé de communication. Les priorités seront regroupées au sein de 23 « objets interministériels de communication », ou OIM.

Les moyens consacrés aux campagnes grand public seront mutualisés dans un budget opérationnel rattaché au programme 129, piloté par le SIG. Les crédits seront ensuite délégués aux directions de la communication des ministères chargées de mettre en œuvre les campagnes retenues.

La procédure d’agrément est également renforcée. Pour les opérations concernées, l’accord du SIG conditionnera désormais le visa des contrôleurs budgétaires et comptables ministériels.

Le changement est majeur. Le SIG ne se contente plus de coordonner les prises de parole gouvernementales. Il intervient dans la sélection des priorités, l’allocation des moyens et l’autorisation des investissements médias.

Que contiennent les 23 objets interministériels ?

La liste complète des 23 OIM ne semble pas avoir été rendue publique. La circulaire les mentionne sans les énumérer et le SIG n’en a communiqué que des exemples. Une instruction des ministères sociaux révèle cependant les 16 objets qui concernent leur périmètre :

D’autres priorités, comme le plan d’électrification, ont également été citées par le SIG, sans qu’il soit possible de reconstituer avec certitude la liste complète.

Seuls ces objets pourront bénéficier d’investissements médias, dans une enveloppe de création et d’achat d’espace annoncée à 113 millions d’euros. Les communications liées au recrutement, aux crises majeures, à la valorisation de la recherche, à la collecte de dons ou aux activités génératrices de recettes bénéficient néanmoins de régimes particuliers ou d’exceptions.

Cette liste dit quelque chose de la nature du dispositif. Les OIM traduisent les priorités politiques du Gouvernement et organisent autour d’elles les moyens de communication de l’État.

Des DICOM renforcées, des préfectures placées au centre

Dans chaque ministère, la direction de la communication devient le pôle référent unique. Elle devra élaborer une stratégie annuelle couvrant l’ensemble de son périmètre, « directions et opérateurs compris ».

Au niveau territorial, un bureau unique de la communication de l’État et de ses opérateurs sera créé dans chaque préfecture de département. Placé sous l’autorité du préfet, il disposera d’un budget annuel de 40 000 euros et d’emplois transférés depuis des services déconcentrés et certains opérateurs présents sur le territoire.

Le texte ne précise cependant ni les opérateurs concernés, ni le nombre d’agents transférés, ni les modalités juridiques de ces transferts. Une circulaire ne peut pas, à elle seule, modifier le statut des personnels ou contraindre un établissement public doté de la personnalité morale à transférer ses agents.

Qui est réellement concerné ?

La réforme concerne directement les services de l’État : ministères, administrations centrales, préfectures et services déconcentrés. Pour eux, les circuits budgétaires, les responsabilités et les procédures de validation sont profondément modifiés.

Les opérateurs de l’État sont également concernés. Ils devront inscrire davantage leurs actions dans la stratégie de leur ministère de tutelle, programmer leurs dépenses et justifier les résultats attendus. L’intensité du contrôle variera cependant selon leur taille, leur statut et la nature de leurs communications.

Les collectivités territoriales et leurs établissements ne relèvent pas directement de cette réforme. Il en va de même des établissements hospitaliers ou des autres organismes publics locaux, sauf lorsqu’ils interviennent dans une campagne pilotée par l’État ou possèdent par ailleurs la qualité d’opérateur.

Les agences et prestataires sont enfin touchés indirectement. La concentration des achats médias et le recours aux marchés interministériels réduisent le nombre de consultations autonomes susceptibles d’être lancées par les opérateurs.

Et pour les universités ?

Les universités sont des opérateurs de l’État. Elles entrent donc dans le périmètre général de la réforme et leur communication devra être prise en compte dans la stratégie annuelle du ministère chargé de l’enseignement supérieur.

Pour autant, elles ne deviennent ni des services du ministère, ni des services déconcentrés placés sous l’autorité du préfet. Leur autonomie administrative et budgétaire demeure. La circulaire ne prévoit pas davantage la validation préalable de chacune de leurs publications ou de leurs dépenses.

Les établissements ont donc intérêt à distinguer clairement leurs campagnes grand public des communications indispensables à leurs missions : recrutement et information des étudiants, communication scientifique, obligations réglementaires, communication de crise, valorisation de la recherche ou développement de ressources propres. Plusieurs de ces catégories figurent expressément parmi les exceptions prévues dans les instructions ministérielles déjà publiées.

Notre analyse : mais quel sens cela a-t-il ?

Le calendrier soulève finalement une question politique. La nouvelle organisation doit être pleinement opérationnelle en janvier 2027, quelques mois avant l’élection présidentielle. Or les 23 OIM reflètent les priorités du Gouvernement actuel. Une nouvelle majorité pourrait rapidement en modifier la liste, les messages et les ministères pilotes.

Le Gouvernement reconnaît lui-même cette incertitude dans le projet de budget pour 2027, dont certaines orientations sont présentées comme réversibles au début de la prochaine mandature.

L’ampleur réelle de l’économie mérite également d’être mise en perspective. Le projet de budget pour 2027 prévoit un effort de redressement des finances publiques de 54 milliards d’euros. Les 300 millions recherchés sur la communication représentent environ 0,6 % de cet effort. La comparaison porte certes sur deux exercices et des périmètres différents, mais elle donne un ordre de grandeur.

À l’échelle des finances publiques, l’économie est marginale. À l’échelle du milliard d’euros consacré à la communication, la réduction atteint en revanche 30 % et transforme profondément les capacités d’action des ministères et de leurs opérateurs.

La réforme paraît donc autant politique que budgétaire. Son principal effet n’est peut-être pas d’améliorer sensiblement les comptes publics, mais de concentrer la décision sur les sujets, les messages et les campagnes jugés prioritaires. À quelques mois d’une élection présidentielle incertaine, la question est de savoir si cette architecture survivra à l’alternance ou si elle aura surtout servi à organiser la communication de la fin du quinquennat.


Photo : CC BY-NC 2.0 – ΝΕΑ ΔΗΜΟΚΡΑΤΙΑ sur Flickr

Références :

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